Interview exclusive : « Notre priorité est de préparer un environnement propice pour attirer les investissements dans le secteur maritime »

Economie Bleue
Typography

Dans cette interview exclusive accordée à MaritimeNews en marge des 1ères Assise maritimes tenues à Tanger, M.Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la Logistique est revenu sur le contexte des Assises et les objectifs derrière cette grand-messe du secteur maritime. Il a aussi détaillé les priorités de son ministère pour consolider les contours d'une nation maritime émergente. Pour lui, toutes les parties prenantes et les forces vives du secteur doivent jouer le jeu pour concrétiser les ambitions des Assises et asseoir durablement la souveraineté maritime du Royaume. 

 

  • Quelle est, pour vous, la finalité de ces 1ères Assises maritimes ?

Ces 1ères Assises maritimes, tenues sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu l’Assiste, marquent un tournant historique pour le secteur et pour acter le statut du Maroc en tant que puissance maritime africaine et euro-méditerranéenne émergente. En organisant cette 1ère édition, nous avons tenu à rassembler tous les acteurs de l’écosystème, les opérateurs économiques, et les gros institutionnels pour débattre, avec transparence et sans langue de bois, des grands défis qui se dressent devant le secteur maritime. Le but ultime étant de répondre à ces deux questions : qu’est ce que nous voulons et comment y parvenir. Ainsi, pendant deux jours, toutes les parties prenantes du secteur maritime ont eu cette fenêtre d’opportunité pour discuter, débattre et surtout proposer et être une force de proposition. Compagnies internationales, affréteurs, armateurs, propriétaires de grands navires, agriculteurs, conditionneurs, transporteurs maritimes et routiers, tous ces métiers qui représentent réellement le quotidien de l’écosystème sont, selon notre conviction, ceux qui doivent décider de ce qu’ils veulent et comment ils voient l’avenir du secteur maritime.

  • L’étude du cabinet BCG relative au pavillon national, et qui vous a été présentée lors du panel d’ouverture, a évoqué la consolidation de la flotte nationale par 20 nouveaux navires d’ici 2030. Cet objectif n’est-il pas trop ambitieux au vu de l’existant ?

Il s’agit d’une proposition émanant de l’analyse du cabinet pour répondre à des besoins qui concernent le cabotage. Selon le cabinet, financièrement et économiquement, le Maroc a des opportunités pour investir jusqu’à l’ordre de 20 navires dans le cabotage (en liaison avec de grandes compagnies internationales qui font les liners pendant 15 à 20 jours de l’Asie à l’Amérique). Ceci dit, pour nous, ce chiffre est un détail : les études peuvent proposer des solutions théoriques selon les visions des consultants, mais, en dernier ressort, ce sont les professionnels sur le terrain et les investisseurs qui vont voir dans quelle mesure les conclusions de ces études conviennent aux réalités du terrain et servent leurs objectifs.

  • Quelle sont, pour vous, les priorités pour développer le secteur maritime et aller vers une « Nation maritime souveraine » ?

Le secteur étant libéral, il repose en premier lieu sur les investissements. Pour attirer ces investissements , il doit y avoir un environnement propice et des garanties de l’Etat pour que les personnes morales et physiques souhaitant investir puissent faire leurs investissements en toute quiétude. Donc, pour nous, c’est la priorité ! il s’agit d’une responsabilité qui échoit à l’Etat à travers des politiques d’aide et des subventions pour encourager l’acte d’investir. Le but ultime étant de la souveraineté du royaume sur son secteur maritime.

Par ailleurs, nous considérons également le financement comme priorité. A ce titre, il faudra penser à mettre en place un dispositif spécifique de financement dédié à l’acquisition, au renouvellement et à la modernisation des navires, adossé à un mécanisme public de garantie permettant à l’État d’apporter une couverture partielle des risques aux établissements financiers accompagnant les opérateurs marocains.

Très décisif pour toute réforme, le capital humain est aussi central dans la dynamique future du secteur. En effet, le volet formation concentre tout notre intérêt. Actuellement, l’ISEM forme pas plus de 160 alors que le besoin est de 1200 si on prend en compte les ports ANP, Tanger Med et les ports qui verront le jour notamment Nador West Med et Dakhla Atlantic. Sachant que la plupart des lauréats, après 3 ans, partent vers d’autres pays notamment ceux du Golfe, d’où la nécessité d’offrir un écosystème de formation qui peut pourvoir entre 1500 à 2000 lauréats par an. Si on avait une grande flotte nationale, le gap aurait été plus criant !

Du reste, le renforcement de la direction et des prérogatives de la Marine marchande et les engagements du Maroc en matière d’environnement et de sécurité pour les gens de la mer figurent aussi parmi les sujets qui sont prioritaires pour le secteur.

  • Sur quel horizon pourrions-nous voir l’aboutissement et les retombées des réformes contenues dans les recommandations de ces 1ères Assises maritimes ?

Pour espérer l’aboutissement des réformes dans le secteur maritime, sur l’ensemble des volets évoqués , tous le monde doit jouer le jeu pour avoir des améliorations visibles dans le moyen terme. Normalement, les cycles sont longs dans le maritime, toutefois, nous avons aujourd’hui une volonté de toutes les parties prenantes du secteur, doublée d’une vision royale éclairée,n à laquelle ces Assises Maritimes essayent de répondre et d’en accompagner les grands chantiers de réforme. Ce cheminement prendra son temps, mais nous devons être prêts pour toutes ces réformes, qui ont été résumées dans la quinzaine de recommandations de ces Assises, dans les 5 voire les 10 prochaines années.