Une première dans l’histoire de l’Asmex : l’assemblée générale élective a élu une femme à la tête de la Confédération. Sonia Mezzour a obtenu 102 voix, devançant de justesse Abdelaziz Mantrach, crédité de 99 voix, et Adil Zaidi, qui en a recueilli 92. Trois candidats, trois blocs électoraux, et dix voix seulement entre la première et le troisième : rarement un scrutin patronal aura donné une photographie aussi nette des rapports de force internes.
Cette configuration des urnes est symptomatique d’une autre réalité de l’Asmex : une institution fragmentée, travaillée depuis plusieurs années par des logiques de clans, où aucun courant ne semble aujourd’hui en mesure d’imposer un leadership incontestable. C’est dire que le scrutin du 23 juin a plus désigné une présidente qu’il n’a produit une majorité de projet.
Sur le papier, la victoire est claire. Dans les faits, elle est étroite. Sonia Mezzour prend les commandes de l’ASMEX avec une avance de seulement trois voix sur son poursuivant immédiat. Ce résultat lui confère une légitimité statutaire indiscutable, mais il l’oblige d’emblée à composer avec une réalité politique interne autrement plus complexe : près des deux tiers des suffrages exprimés se sont portés sur ses deux concurrents.
Sonia Mezzour, une compétence avérée dans le financement, l’investissement et l’accompagnement des entreprises dans l’accès aux marchés internationaux
Il serait toutefois réducteur de lire cette élection uniquement sous l’angle des luttes d’appareil. Les trois candidats en lice présentaient des profils consistants, chacun porteur d’une lecture différente des priorités de l’ASMEX. Sonia Mezzour représente un brillant profil à la croisée des mondes public, privé et international. Sa candidature peut être lue comme celle d’une gouvernance davantage axée sur l’intelligence économique, l’anticipation des risques et l’accompagnement structuré des exportateurs dans un environnement mondial devenu plus instable. Elle s’est distinguée par son expertise dans le financement, l’investissement, les mécanismes de garantie et l’accompagnement des entreprises dans leur accès aux marchés internationaux. Sa candidature incarnait une approche davantage tournée vers la structuration financière, l’intégration aux chaînes de valeur et la modernisation de l’outil export.
Abdelaziz Mantrach, fort d’une longue expérience dans les métiers du transport maritime, de la consignation, de la logistique et de l’accompagnement opérationnel des flux commerciaux, représentait pour sa part une vision plus ancrée dans les réalités concrètes des exportateurs : coût du fret, délais, connectivité portuaire, fluidité des procédures et accès aux marchés. Son score, quasi équivalent à celui de la présidente élue, montre que cette sensibilité dispose d’un poids considérable au sein de la Confédération et un d’un tiers des voix qui le plébiscite.
Adil Zaidi, lui aussi crédité d’un résultat important, a porté un profil marqué par la connaissance des mécanismes du commerce extérieur, du financement des opérations internationales et des contraintes rencontrées par les entreprises marocaines sur les marchés étrangers. Avec 92 voix, il confirme l’existence d’un troisième pôle structuré, loin d’un simple rôle d’arbitre ou de candidature comparse. Il porte une vision nourrie par son expérience entrepreneuriale et sectorielle, notamment dans l’automobile. Sa candidature a certainement séduit ceux qui souhaitent voir l’ASMEX jouer un rôle plus offensif dans la défense des filières exportatrices et dans l’amélioration de la valeur ajoutée nationale.
Difficulté de l’organisation à transformer ces profils de haute volée en projet collectif !
Force est de relever que c’est précisément cette qualité des profils de haute voleé qui donne au scrutin toute sa portée. L’ASMEX n’a pas eu à choisir entre des candidatures faibles ou périphériques, mais entre trois figures disposant chacune d’une légitimité sectorielle et institutionnelle. Le problème n’est donc pas l’absence de compétences, il réside plutôt dans la difficulté de l’organisation à transformer cette diversité de compétences de haut calibre en projet collectif.
L’élection de Sonia Mezzour ouvre ainsi une période sensible. Sa première mission ne sera pas seulement de représenter les exportateurs auprès des pouvoirs publics ou de défendre les intérêts du secteur à l’international. Elle devra d’abord reconstruire un minimum de confiance interne, associer les sensibilités qui ne se sont pas reconnues dans sa candidature et éviter que la logique de blocs ne se transforme en opposition durable.
Car le signal envoyé par les urnes est limpide : la nouvelle présidente hérite d’une ASMEX vivante, mais divisée ; riche de profils expérimentés, mais fragilisée par ses clivages ; centrale dans l’écosystème économique national, mais appelée à clarifier sa gouvernance. La victoire de Sonia Mezzour est donc autant un succès personnel qu’un test institutionnel.
Pour réussir son mandat, elle devra faire de cette élection serrée non pas le point de départ d’un nouvel affrontement, mais l’occasion d’un dépassement. L’ASMEX, qui regroupe des opérateurs engagés sur les marchés internationaux, ne peut durablement fonctionner comme une addition de clans. Elle a besoin d'un projet, d’une ligne, d’une méthode et d’un cap partagé.
Aussi, la présidente de l’Asmex devra-t-elle répondre à plusieurs dossiers chauds pour relancer l’export marocain et renforcer l’influence de l’ASMEX dans le débat économique national. L’association doit être en mesure de porter une parole forte auprès du gouvernement, des agences publiques, des banques, des fédérations sectorielles et des partenaires internationaux. L’export n’est pas seulement une activité commerciale : c’est un levier de souveraineté économique, d’emploi et de rayonnement du Maroc.
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