Performance portuaire: La concentration des flux relance le débat sur l’équilibre du système

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Avec 262,6 millions de tonnes traitées en 2025, le trafic portuaire marocain confirme sa dynamique de croissance. Mais derrière cette performance globale, la concentration de 88% des volumes sur Tanger Med, Jorf Lasfar et Casablanca soulève des interrogations sur la résilience et l’équilibre du système portuaire national.

Les ports marocains ont enregistré en 2025 une progression significative de leur activité, avec un trafic global atteignant 262,6 millions de tonnes, contre 241,2 millions de tonnes en 2024, soit une hausse de 8,9 %. Cette évolution est portée à la fois par la dynamique soutenue du transbordement et par la progression, plus modérée, du trafic domestique. Ce dernier s’est établi à 130 millions de tonnes, en hausse de 3,5 %, tandis que le transbordement a atteint 132,6 millions de tonnes, enregistrant une croissance notable de 14,7 % par rapport à l’année précédente.

Ces performances confirment la trajectoire ascendante du système portuaire national et son alignement avec les objectifs de la Stratégie Nationale Portuaire à l’horizon 2030, qui vise un trafic global compris entre 275 et 370 millions de tonnes.

La structure du trafic portuaire en 2025 confirme la place centrale du transbordement, qui représente désormais 50,5% des volumes globaux. Les importations arrivent en deuxième position avec 29,6%, suivies des exportations qui concentrent 15,7% du trafic. Le cabotage demeure marginal avec 3,6%, tandis que le soutage représente 0,6% des volumes traités. Cette répartition traduit l’intégration croissante des ports marocains dans les grandes chaînes logistiques internationales, en particulier sur les flux de transbordement.

Dans ce paysage, le complexe portuaire de Tanger Med consolide son statut de plateforme logistique majeure à l’échelle du bassin méditerranéen. En 2025, le volume du transbordement de conteneurs y a atteint 128,7 millions de tonnes, en hausse de 14,4%, correspondant à 10,3 millions d’EVP, soit une progression de 7,9%. Cette performance confirme le rôle moteur de Tanger Med dans la croissance globale du trafic portuaire national.

Cependant, cette dynamique s’accompagne d’un phénomène structurel de concentration. Tanger Med, Jorf Lasfar et Casablanca concentrent à eux seuls 88% du trafic portuaire national. Une configuration qui, si elle traduit l’efficacité et l’attractivité de ces plateformes, expose également le système portuaire à des risques accrus de congestion, comme l’illustrent les tensions opérationnelles observées récemment. Cette situation relance la question du rôle des autres ports du Royaume dans l’atténuation de cette concentration.

Les ports de Mohammedia, Safi, Agadir et Nador disposent d’infrastructures capacitaires, mais restent sous-utilisés dans la redistribution des flux. Un point commun est souvent avancé pour expliquer cette situation : ces ports n’ont pas encore pleinement bénéficié de la réforme portuaire. Contrairement à Casablanca et Jorf Lasfar, où cette réforme est entièrement déployée et a renforcé l’attractivité et la compétitivité pour les armateurs et les réceptionnaires, elle demeure partielle ou inachevée dans plusieurs ports régionaux, limitant leur intégration dans les grands circuits logistiques.

Cette lecture invite à dépasser une analyse strictement quantitative des chiffres du trafic portuaire. La concentration des flux entre Tanger et Jorf Lasfar reflète aussi une concentration plus large de l’activité économique, industrielle, urbaine et démographique dans ces régions. Les ports régionaux pâtissent de cette réalité structurelle, malgré des infrastructures disponibles, soulignant que l’investissement capacitaire à lui seul ne suffit pas à résoudre les déséquilibres actuels et futurs.

L’expérience de la congestion du port de Casablanca en 2006 demeure, à cet égard, éclairante. L’une des réponses majeures apportées à l’époque avait été la mise en œuvre de la réforme portuaire, pensée dès 2005, qui a profondément transformé la gouvernance et l’organisation des opérations portuaires. Aujourd’hui encore, cette approche apparaît comme un levier central pour repenser la répartition des flux.

La stratégie portuaire nationale vise précisément à réajuster l’équilibre régional, notamment à travers la création de nouveaux pôles structurants comme Nador West Med et Dakhla Atlantique, ainsi que la consolidation et la restructuration du port d’Agadir. Pour autant, cette ambition s’inscrit dans une vision où la montée en puissance de ces plateformes doit coexister avec le maintien de champions nationaux performants, capables de soutenir la compétitivité globale du système portuaire marocain.

Dans un contexte de croissance des trafics et de diversification des flux, la question n’est donc plus uniquement celle de la capacité, mais bien celle de la gouvernance, de l’attractivité et de l’articulation territoriale du système portuaire. Une nouvelle lecture des chiffres, enrichie de perspectives structurelles et régionales, s’impose désormais pour accompagner durablement la trajectoire du secteur.

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