Le groupe parapétrolier Bourbon repris par ses créanciers

Marine Marchande
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Le tribunal de commerce de Marseille a décidé lundi de la cession des actifs du groupe de services maritimes pour l'industrie pétrolière Bourbon à la Société phocéenne de participations (SPP), un consortium de banques créancières.

Le transfert de la propriété des actifs de Bourbon Corporation aura lieu à partir du 2 janvier 2020, a indiqué dans un bref communiqué Bourbon, entreprise marseillaise lourdement endettée, dont l'avenir faisait l'objet d'interrogations depuis des mois.

Selon le jugement consulté par l'AFP, la cession se fera pour 73 euros.

La SPP, présidée par l'ex-patron du Crédit Lyonnais Jean Peyrelevade, est détenue à parts égales par BNP Paribas, Société Générale, Natixis, Crédit Mutuel, CIC et le Crédit Agricole. Son offre avait également le soutien du groupe chinois ICBC, qui ne fait toutefois pas partie du consortium.

Quatre candidats étaient initialement en lice pour la reprise du groupe parapétrolier, placé en redressement judiciaire en août à sa demande, et qui emploie environ 8.200 personnes.

L'offre de la SPP, qui regroupe des créanciers représentant 75% de la dette du groupe, doit se traduire notamment par la conversion en capital d'environ 1,4 milliard d'euros de dette.

Elle intègre en outre 150 millions d'apport de nouveaux financements, dont 30 millions déblocables pour faire face aux besoins de liquidité immédiats.

Les créanciers ont par ailleurs l'intention de constituer un directoire avec l'équipe de direction en place: Gaël Bodénès (actuel directeur général délégué) et Thierry Hochoa (directeur financier).

Pas de révolution non plus du côté stratégique: les nouveaux propriétaires ont l'intention de s'appuyer sur le plan de développement mis en place par la direction actuelle.

- "trop duré" -

L'incertitude "n'avait que trop duré", juge Maurice Perrin, vice-président du syndicat CFE-CGC des compagnies de navigation.

"Le premier engagement que prennent les banques est de maintenir l'emploi actuel et le deuxième est de dire qu'au bout de trois ans, quand elles rechercheront un actionnariat pérenne, l'emploi restera un tout premier critère", observe-t-il. "Il y a de quoi passer à un dialogue sérieux dès le 2 janvier."

L'entreprise a été durement touchée par la chute des cours du brut il y a quelques années, quand les grandes compagnies pétrolières se sont mises à réduire leurs dépenses. Le secteur s'est depuis redressé mais la reprise est encore fragile, dans un contexte de flotte mondiale de navire surabondante, qui pèse sur les tarifs.

L'actionnaire principal de Bourbon corporation, Jacques de Chateauvieux, avait longtemps bataillé pour conserver le contrôle de l'entreprise face aux créanciers. Mais l'homme d'affaires originaire de La Réunion avait finalement retiré son offre de reprise début décembre.

Deux autres offres étaient en lice: celle de Peschaud et Cie international, qui ne voulait reprendre que l'activité Bourbon Mobility (transport des personnels des plates-formes en mer), et celle du géant américain Tidewater, mais qui n'aurait repris aucun passif.

Le chiffre d'affaires consolidé de Bourbon était de 689,5 millions d'euros en 2018, en baisse de près de 20% par rapport à l'année précédente. Le groupe a enregistré sur la même période une perte nette de près de 460 millions d'euros. Bourbon est présent dans 47 pays, avec une flotte de plus de 483 navires et 31 filiales opérationnelles.

Confronté à des difficultés financières, Bourbon va devoir aussi faire face à la justice: le groupe, trois de ses principaux dirigeants et cinq autres cadres devaient comparaître en mars pour "corruption" d'agents du fisc en Afrique devant le tribunal correctionnel de Marseille. Leur procès a pour l'instant été reporté sine die pour vice de procédure.