Que sait-on de l'attaque contre deux pétroliers dans la mer d'Oman?

Sécurité Maritime
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Deux tankers ont été la cible jeudi d'une attaque d'origine indéterminée en mer d'Oman, dans le Golfe, une région déjà sous tension du fait de la crise entre les Etats-Unis et l'Iran. Voici ce que l'on sait:

- Que s'est-il passé? -

Deux pétroliers, un norvégien, le Front Altair, et un japonais, le Kokuka Courageous, ont été attaqués en mer d'Oman, dans un passage maritime stratégique, entre les Emirats arabes unis et l'Iran.

La Cinquième flotte des Etats-Unis a fait état de "deux appels de détresse distincts, à 06h12 et 07h00 locales".

Le front Altair, propriété du groupe norvégien Frontline, a été "attaqué", ont annoncé les autorités maritimes norvégiennes, faisant état de trois explosions à bord. Elle ont précisé qu'aucun membre de l'équipage n'avait été blessé.

De son côté, l'opérateur japonais Kokuka Sangyo a affirmé que le Kokuka Courageous avait essuyé des tirs, mais que tout l'équipage avait été sauvé et que sa cargaison de Méthanol était intacte.

Les deux "incidents" ont eu lieu à 25 et 28 milles nautique, selon l'agence officielle iranienne Irna.

La TV d'Etat iranienne Irib a montré des images spectaculaires d'un navire au milieu duquel s'élevait une épaisse colonne de fumée noire.

L'Iran a indiqué avoir secouru 44 membres d'équipage des deux pétroliers après des appels de détresse.

- Qui est derrière ces attaques?-

Ces attaques n'ont pas été revendiquées.

Mais la coalition dirigée par l'Arabie saoudite intervenant au Yémen contre les rebelles a dénoncé une "escalade majeure" du régime iranien, en allusion aux attaques menées dans le Golfe depuis mai.

"C'est une possibilité réelle que l'Iran (...) soit derrière ces attaques", a indiqué de son côté la compagnie de sécurité maritime Dryad Global, précisant que la situation restait floue et qu'il fallait examiner les différentes possibilités.

Il serait cependant "surprenant" que Téhéran mène de telles actions "belliqueuses", a ajouté la compagnie. Viser un "cargo lié au Japon" serait "étonnant" alors que le Premier ministre japonais Shinzo Abe se trouve en visite en Iran, a-t-elle ajouté.

- Quelles réactions?-

La République islamique a jugé hautement suspecte la survenue de ces attaques.

"Le mot suspicieux ne suffit pas à décrire ce qui transpire apparemment" de ces "attaques" contre des "tankers liés au Japon survenues" au moment même où "le Premier ministre (japonais) rencontrait" le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a indiqué sur Twitter le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré que le monde ne pouvait pas se permettre un affrontement majeur dans le Golfe.

L'Union européenne a elle appelé à une "retenue maximale" pour éviter une escalade dans la région.

Les cours mondiaux du pétrole ont grimpé d'environ 3% immédiatement après l'annonce de l'attaque en mer d'Oman.

- Quelle est l'importance de ce site ? -

La mer d'Oman se situe au sud du détroit d'Ormuz, un passage stratégique par où transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde.

A plusieurs reprises, l'Iran a menacé de fermer ce détroit si un affrontement militaire devait avoir lieu avec les États-Unis.

Les attaques de jeudi surviennent quasiment un mois après des "actes de sabotage" contre quatre navires, dont trois pétroliers - deux saoudiens, un norvégien et un émirati - au port de Fujairah, au large des Emirats arabes unis.

Le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton avait affirmé que l'Iran était "très vraisemblablement" derrière ces actes de sabotage, sans fournir de preuves précises à cette affirmation.

- Quels enjeux? -

Ces attaques interviennent dans un contexte inflammable, sur fond de tensions croissantes entre Téhéran et Washington.

Le 5 mai, les Etats-Unis ont annoncé le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln et d'une force de bombardiers dans la région du Moyen-Orient, en "réponse à des indications d'une menace crédible de la part des forces du régime iranien".

Le 8 mai, l'Iran a décidé de cesser de limiter ses réserves d'eau lourde et d'uranium enrichi, des mesures auxquelles il s'était engagé dans le cadre de l'accord international de 2015 limitant son programme nucléaire.

Le 14 mai, les rebelles yéménites Houthis, soutenus par l'Iran, ont revendiqué une attaque de drones contre deux stations de pompage d'un oléoduc reliant l'est à l'ouest du royaume saoudien, premier exportateur de pétrole au monde.

Une semaine après les incidents du 12 mai, le président américain Donald Trump a prévenu que si l'Iran attaquait les intérêts américains, ce serait "la fin officielle de l'Iran".

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a répondu que les "provocations" américaines ne "détruiraient pas l'Iran".

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