L’impact de l’environnement sur l’origine de certaines maladies, et notamment les maladies auto-immunes, en débat à l’Institut Supérieur d’Études Maritimes (ISEM), par le° DR Khadija Moussayer

Science
Typography

Le Dr Khadija Moussayer, spécialiste en médecine interne et en Gériatrie et présidente de l’Association Marocaine des Maladies Auto-immunes et Systémiques (AMMAIS) a animé, le 23 novembre à Casablanca, une conférence sur les maladies auto-immunes et leurs origines à l’Institut Supérieur d’Études Maritimes. Elle y avait été invitée par l’Amicale des Élèves Officiers de l’ISEM (AMELI).

Les maladies auto-immunes constituent une centaine de pathologies souvent graves et chroniques comme la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, le diabète de type I, la sclérose en plaques, la myasthénie, le lupus, le psoriasis, des affections de la thyroïde, du système digestif, du foie, du sang, des vaisseaux sanguins, etc. Dans ces affections, le système immunitaire chargé normalement de défendre notre corps des agressions (des bactéries, virus, parasites…) se retourne contre notre organisme en s’attaquant à nos propres cellules.

Touchant entre 7 et 10% de la population mondiale, ces pathologies représentent la 3ème cause de morbidité dans le monde après les affections cardiovasculaires et les cancers. Elles occupent également le deuxième ou troisième poste des dépenses de santé dans la plupart des pays.

Elles n’épargnent pas l’homme ni malheureusement l’enfant mais c’est la femme qui porte très majoritairement ce fardeau : elles touchent en effet à près de 80 % des femmes, et au moins une femme sur 9 est ou sera atteinte, au cours de sa vie, par ce mal. Certaines de ces pathologies vont même jusqu’à atteindre 10 à 20 fois plus de femmes que d’hommes !

Ces maladies paraissent actuellement en nette progression dans le monde. Des facteurs multiples expliqueraient leur survenue tels que l’hérédité, des infections, le tabac ou , pour les femmes, le rôle des  hormones sexuelles qu’elles secrètent : les œstrogènes. L’environnement jouerait également un rôle important.

  • Des interrogations sur l’innocuité de certains produits qui perturberaient notre système immunitaire

Plus de 100 000 produits divers accompagnent notre vie quotidienne, présents dans l’alimentation, l’eau, l’air, le sol ou l’intérieur de nos maisons.

Des accidents montrent régulièrement les risques, malheureusement connus, à une exposition élevée de ces produits telles la pollution d’une usine, la contamination d’une rivière…

Certains de ces produits sont considérés aussi sur le long terme comme des facteurs de risque dans le développement des cancers, des maladies auto-immunes, endocriniennes, allergiques, neurologiques et de troubles très divers.

Les scientifiques s’interrogent en particulier sur un éventuel effet « cocktail », résultant de l’exposition conjuguée à l’ensemble de ces produits, et surtout pour les personnes sensibles et fragiles (enfants, femmes enceintes, personnes âgées ou immunodéprimées…).

Ø      Un état des lieux des principaux produits retrouvés dans notre alimentation et susceptibles de présenter un risque à certaines doses

Pour y voir plus clair dans la problématique et sans avoir la prétention d’être exhaustif, un passage en revue des principaux produits concernés s’impose en analysant leurs utilisations, les éventuelles contaminations et leurs conséquences sur la santé.

·                                Des produits utilisés dans l’agriculture et l’élevage

Pesticides : à base de métaux comme le sulfate de fer ou de cuivre et de produits de synthèse, ils sont utilisés comme herbicides, insecticides, etc. On les retrouve ensuite dans les fruits et légumes, les céréales, les produits d’origine animale (œufs, lait, viande) ainsi que dans l’eau des rivières et même du robinet. La plupart des contaminations restent infimes mais une forte ou longue exposition à ceux-ci (en particulier pour les agriculteurs) augmenterait les risques de cancer, de troubles neurologiques ou de la reproduction.

Nitrates : Ce sont des engrais que l’on retrouve ensuite dans l’eau, les légumes, etc. Leurs utilisations intensives entraînent une pollution des eaux qui perturbe l’équilibre des milieux aquatiques. Ils provoquent une prolifération de certaines plantes comme les algues en bord de mer. Ils ne sont pas dangereux en soi mais, à forte concentration dans le corps, ils peuvent par exemple diminuer le transport l’oxygène dans le sang et provoquer un risque d’empoisonnement du sang, notamment pour les nourrissons et les femmes enceintes.

Hormones de croissance : Ces substances (oestradiol, progestérone, testostérone …) sont administrées aux bétails et volailles (et même aux poissons pour favoriser leur reproduction).  Leur utilisation est autorisée aux USA et dans beaucoup d’autres pays mais pas en Europe. Elles auraient des effets neurobiologiques et cancérigènes.

Antibiotiques : Ils ont longtemps été employés dans l’élevage comme activateurs de croissance, une pratique interdite en Europe depuis 2006. Leurs emplois thérapeutiques sont toutefois encore souvent détournés vers cet usage. Ils sont souvent et trop présents dans les viandes, les poissons d’élevage, le lait ainsi que l’eau des rivières et du robinet. Ils accroissent les phénomènes de résistance aux antibiotiques : les excréments des animaux contaminent les sols et les eaux et ensuite toute la chaîne alimentaire. L’infection en juin dernier en Allemagne de viande hachée et de graines germées par des bactéries (Eschérichia Coli, de souche résistante aux antibiotique) est malheureusement un bon exemple de ce risque. Certains antibiotiques à doses répétées se révèlent en outre des perturbateurs des systèmes endocriniens et immunitaires.

·        Des produits employés dans l’industrie

Phtalates : Ils sont notamment utilisés dans la fabrication des plastiques pour leur donner de la souplesse (films plastiques, bouteilles en plastiques). Ils ont la capacité de migrer vers les aliments, notamment ceux contenant des graisses, et sont alors absorbés avec notre nourriture. En Europe, trois phtalates considérés comme dangereux vont être interdits au contact alimentaire entre 2014 et 2016.

Bisphénol A (BPA°) : Ce produit chimique est très utilisé dans l’industrie du plastique car il assure rigidité, résistance aux chocs, durabilité et transparence (présent par exemple dans la vaisselle en plastique, le revêtement intérieur des boîtes de conserve. Le problème est qu’il peut migrer hors des plastiques vers les aliments quand il est chauffé.

Par précaution, le bisphénol A est maintenant interdit en Europe dans la composition des biberons qui seront désormais en verre ou en polypropylène. En outre, on va en Europe vers une interdiction du bisphénol A pour tous les produits au contact de l’alimentation.

PCB - polychlorobiphényles : Ce sont des dérivés du chlore très répandus autrefois dans l’industrie  comme lubrifiants, peinture, transformateurs électriques… Se dégradant difficilement, ils font partie des POP (polluants organiques persistants) : interdits depuis une trentaine d’année, ils continuent à polluer les rivières et contaminent surtout les poissons (gras) ainsi que les fruits de mer, le lait, les œufs, etc. Les PCB s’accumulent dans nos tissus et sont classés comme cancérigènes probables.

Dioxines : polluants interdits depuis une trentaine d’année, on les retrouve cependant dans la nature car elles sont peu biodégradables. La viande, les produits laitiers, les œufs, les poissons (où elles se fixent définitivement dans leurs graisses) peuvent être contaminés : les denrées en contenant sont à retirer de la vente  car elles altèrent notamment les défenses immunitaires.

Métaux lourds : aluminium, arsenic, mercure, cadmium, plomb, thallium . Présents naturellement dans le sol et utilisés dans l’industrie ; on les retrouve dans les aliments, en particulier les poissons. Leur toxicité dépend de la dose et ils peuvent engendre notamment des troubles neurologiques, en particulier pour les enfants.

  • Des substances diverses dans l’alimentation

Mycotoxines : Ce sont des moisissures toxiques, dues souvent à de mauvaises conditions de stockage, dans les céréales, les graines oléagineuses, les fruits secs, etc. Elles produisent des matières dangereuses pour l’homme : des ingestions répétées et accidentelles peuvent déséquilibrer le système immunitaire ou causer des cancers. Une de ces mycotoxines, l’aflatoxine B1 est ainsi un cancérogène puissant qui accroît, même à très faibles doses, le risque de cancer du foie.

Additifs : Très nombreux dans l’industrie alimentaire, ils sont utilisés comme colorants, conservateurs, antioxydants, correcteurs d’acidité, émulsifiant, épaississants, stabilisants… Des scientifiques se posent des questions sur le rôle et les effets de tous ces additifs combinés ensemble.

Les pollutions de l’air, notamment celles causées par la circulation automobile, jouent par ailleurs un rôle dans les perturbations de l’équilibre de notre organisme. Il n’est que de voir l’exemple de la recrudescence de l’asthme au Maroc comme dans beaucoup d’autres pays également.

Ø      Des règles internationales (OMS) et nationales de plus en plus strictes

Une partie importante des réglementations concernant tous ces produits s’appuie sur le principe de la quantité de substance que l’organisme peut recevoir sans risque, partant du principe que c’est « la dose qui fait le poison ».

Une dose journalière admissible (DJA) est ainsi déterminée pour chaque substance autorisée dans l’alimentation et que l’on peut ingérer quotidiennement pendant toute une vie sans risque. Elle est calculée à partir de la dose sans effet observée sur les animaux, divisée ensuite par 100 ou mille (par précaution). Elle est donnée en milligrammes de substance par kilogramme de poids corporel.

Une dose journalière tolérée (DJT) est calculée aussi pour les produits interdits dans l’alimentation.

En conclusion, il est indéniable que la plupart des produits qui viennent d’être examinés ont un rôle souvent indispensable dans le développement de l’économie et l’amélioration du niveau de vie des populations au Maroc. S’il ne s’agit pas de les mettre au pilori, un principe élémentaire de précaution paraît s’imposer, visant à toujours mieux faire respecter les réglementations existantes quant à leurs emplois. Il paraît enfin nécessaire d’être très vigilant à l’égard du traitement de leurs déchets, qui peuvent, par leurs accumulations, constituer de véritables « bombes chimiques ».

Ajouter un Commentaire

Les commentaires publiés n'expriment pas la position de MaritimeNews.
Cher lecteur et lectrice, les commentaires sont libres, sans contrôle apriori, alors
soyez responsable, exprimez vous sans citer les noms des personnes ou des organismes en cas de critiques.


Code de sécurité
Rafraîchir