La Russie, la Libye et la traversée du Détroit remettent au goût du jour la nécessité pour le Maroc de disposer de sa propre flotte marchande

Marine Marchande
Typography

L'actualité nationale et internationale est marquée ces derniers temps par des événements qui pourraient représenter soit des opportunités ou des menaces pour le Royaume.

Ainsi, la crise entre la Fédération de Russie et l'UE concernant le conflit en Ukraine et les embargos sur les produits et services décrétés de part et d'autre vont avoir un effet positif sur notre commerce extérieur.

La Russie qui importe l'essentiel de ses besoins en produits agricoles de l'UE a annoncé vouloir les substitués par des produits provenant essentiellement du Maroc et d'Egypte. Le Royaume qui réalise ses dernières années des excédents importants grâce au plan Maroc vert cherche de nouveaux marchés d'exportation.

Cette bonne nouvelle n'a que partiellement ravi nos agriculteurs exportateurs, car ils sont conscients que même si le Royaume est capable de satisfaire aux besoins russes en produits agricoles, mais il est incapable aujourd'hui de pouvoir les livrer faute d'une logistique performante surtout s'agissant de produits périssables. aujourd'hui, le Maroc est relié aux ports russes par deux lignes hebdomadaires uniquement et pour renforcer ces lignes immédiatement, il faudra négocier des accords au prix fort avec des armateurs étrangers. L'existence d'une flotte marchande nationale aurait épargné de telle situation.

Dans un autre registre, les événements tragiques qui se passent actuellement en Libye, ont de nouveau nécessité l'évacuation urgente des marocains travaillant dans ce pays.

Mais cette fois-ci, seule la compagnie nationale RAM a pu répondre à l'appel du gouvernement pour organiser les opérations de rapatriement, car au contraire de ce qui s'était passé en 2011 le Maroc n'est plus capable de mobiliser une flotte de navires à passagers pour aider ses ressortissants.

Ainsi, c'est par petits lots d'une centaine de personnes que les marocains résidants en Libye son évacués par les aéroports tunisiens, au lieu de milliers comme cela a été la dernière fois ou le Maroc a pu évacuer trois mille marocains et africains à partir des ports libyens de Tripoli et Benghazi ou vivent l'essentiel de la communauté marocaine.

Mais si l'opération de rapatriement des marocains en Libye par voie maritime n'aurait été qu'une opération conjoncturelle, celle qui concerne le transit des marocains vivant en Europe est quant à elle structurelle et concerne n'ont pas quelques milliers mais plus de quatre millions de personnes par an.

Cette année encore, les armateurs européens se sont donnés à cœur joie d'exploiter cette manne puisque les prix de la traversée ont atteint des sommets jamais égalé. Le prix de la traversée qui coûtait encore l'année dernière pour une voiture et quatre passagers 1100 dirhams a atteint cette année 3600 dirhams pour une voiture et un passager.

L'échec des AMI successifs lancés par le Ministère du Transport et le manque de soutien aux armateurs nationaux par l'administration et son laxisme vis à vis des opérateurs étrangers ont fini par convaincre les compagnies maritimes européennes de la passivité des autorités marocaines face à ce dossier.

Aujourd'hui ce n'est plus de la sauvegarde de l'emploi des nos marins ou de nos navires qu'il est question, mais c'est plutôt de la criticité pour le Maroc de disposer de sa propre flotte marchande capable de lui garantir son indépendance économique, sociale et politique qu'il s'agit et ces derniers événements doivent donner à réfléchir sérieusement à nos décideurs.

Recevez notre newsletter
Pas de connexion Internet