Blocage du canal de Suez : quel impact sur le Maroc ?

Marine Marchande
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L'Observatoire Marocain de la Compétitivité Logistique (OMCL) vient de publier sa lettre d'information du mois de mars, un mois particulier puisqu'il a été marqué par un événement qui a attiré l'attention du monde entier.

En effet, dans son rapport, l'Observatoire revient sur la perturbation du trafic causée par le blocage du canal de Suez et s'intéresse à l'impact de cette congestion sur le Maroc. 50 millions de tonnes, c'est le volume de marchandises importées/exportées par le Maroc qui ont transité par le canal de Suez en 2019.

En moyenne, une trentaine de porte-conteneurs en provenance d'Asie et à destination de l'Europe empruntent chaque semaine cette voie maritime de 193 km de long, qui permet aux navires de passer de Port-Saïd en Égypte, sur la rive méditerranéenne, au golfe de Suez, à l'embouchure de la mer Rouge, en transportant environ 380 000 conteneurs.

Bien que le canal soit opérationnel depuis le 29 mars, les autorités portuaires, notamment en Europe, s'attendent à des perturbations pendant plusieurs mois. Le blocage du canal a eu un impact important sur l'ensemble du marché mondial.

La société allemande d'assurance et de gestion d'actifs Allianz estime que le coût du blocage du canal est de 6 à 10 milliards de dollars par semaine, et que chaque semaine de fermeture aurait coûté -0,2 à -0,4 point de pourcentage de croissance annuelle du commerce mondial.

Qu'en est-il de l'impact sur le Maroc ? En valeur, la Chine représente 10% des importations marocaines en 2019 et 48% des importations en provenance d'Asie.

Sur la même période, le canal de Suez a vu passer 50 millions de tonnes de marchandises, importées ou exportées, par le Maroc. Compte tenu de la nature des marchandises importées et de la durée du blocage du canal, l'impact sur les fabricants marocains pourrait être minime.

Cependant, la structure des exportations montre une forte dépendance de certains produits au marché asiatique. En effet, selon les données du commerce extérieur pour 2020, 10 produits représentent 75% des exportations marocaines vers l'Asie en valeur.

Par exemple, les exportations de " minerais et concentrés de zinc " vers l'Asie représentent 94% des exportations totales de ce produit. Cette forte dépendance concerne plusieurs produits dont les exportateurs peuvent subir de grandes conséquences en raison d'un blocage à long terme.

Dans un récent communiqué de presse, Aziz Mantrach, vice-président de l'Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et président de la commission logistique de cette association, a soutenu que le blocage du canal de Suez pendant une semaine n'a pas eu d'impacts majeurs sur le flux de marchandises et de produits vers le Maroc en provenance d'Asie et notamment de Chine.

Il a notamment expliqué que cet impact aurait été important si le blocus devait durer un mois ou plus. Le canal de Suez est un passage important pour le transport maritime de marchandises et constitue le raccourci privilégié des porte-conteneurs pour relier l'Asie et l'Europe mais aussi l'Asie et l'Amérique du Nord.

En 2019, le volume de marchandises transportées dans le monde par voie maritime a atteint 11,08 milliards de tonnes, dont 1,2 milliard ont transité par ce canal, soit près de 11%. Sur la même période, 18 880 navires l'ont emprunté.

Peut-on se passer du canal de Suez ?

La crise du canal de Suez a ouvert le débat sur les alternatives à ce passage. La Chine propose déjà des liaisons ferroviaires de fret vers l'Europe. L'Iran fait également la promotion de son corridor commercial nord-sud reliant l'Inde à la Russie, affirmant qu'il permet de gagner du temps et de réduire de 30 % le coût du canal de Suez.

La Russie propose un plan pour la route maritime du Nord le long de la côte arctique. Quant à Israël, même si des études ont montré en 2012 que le projet de canal Ben Gourion et la construction d'une ligne ferroviaire jusqu'au port d'Eilat pour offrir aux chargeurs une liaison ferroviaire mer Rouge-Méditerranée sont économiquement irréalisables, l'idée refait surface après la crise du canal de Suez.

En mode projet, faible capacité de fret ou pour des considérations politiques, ces alternatives sont aujourd'hui loin de concurrencer ce raccourci.

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