La Fédération marocaine des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME) a franchi une étape importante dans la structuration de l'industrie navale nationale en présentant, à l'occasion des Mardis des Branches organisés le 21 juillet à Casablanca, une Vision stratégique 2026-2030 qui projette le développement de la filière jusqu'à 2040.
Loin d'un simple exercice de prospective, cette démarche se veut une véritable méthode de transformation industrielle fondée sur un diagnostic approfondi, une collecte de données de terrain et une mobilisation de l'ensemble des acteurs publics et privés. Pour la FIMME, la construction et la réparation navales constituent désormais un levier stratégique majeur, appelé à jouer un rôle central dans la souveraineté industrielle, maritime et économique du Royaume.
La particularité de cette feuille de route réside dans son approche bottom-up, rarement observée dans les politiques sectorielles marocaines. Contrairement aux stratégies élaborées traditionnellement par les pouvoirs publics, celle-ci est née d'une démarche collaborative conduite par les professionnels eux-mêmes. Le processus a débuté par un diagnostic stratégique de la branche, suivi d'une collecte et d'une analyse de données quantitatives et qualitatives, avant l'élaboration d'une feuille de route sectorielle, puis sa validation lors de la journée des Mardis des Branches. Le document prévoit désormais une phase de déploiement, de suivi et d'évaluation des résultats afin d'ajuster les actions en fonction des performances enregistrées. Cette méthode repose sur les principes d'intelligence collective, de co-construction, d'analyse « data-driven » et d'amélioration continue.
Avant de définir les axes de développement de la filière, les professionnels ont procédé à une analyse comparative des modèles les plus performants afin d'identifier les facteurs de succès des grandes nations de la construction et de la réparation navales. Cet exercice, intégré dès la première phase du diagnostic, ne vise pas à reproduire des modèles étrangers, mais à en extraire les meilleures pratiques en matière de gouvernance, d'organisation industrielle, de montée en gamme technologique, de structuration des chaînes de sous-traitance et d'intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Cette démarche permet d'ancrer la feuille de route marocaine dans les standards internationaux tout en l'adaptant aux spécificités nationales, aux atouts géostratégiques du Royaume et aux opportunités offertes par les grands projets portuaires et maritimes en cours de développement.
Une chose est sûre: la filière peut s'appuyer sur des atouts solides! Le Maroc dispose d'un littoral de 3 500 kilomètres, d'une zone économique exclusive de 1,2 million de km² et d'un réseau de 43 ports, dont 14 ouverts au commerce international, offrant un potentiel exceptionnel pour le développement de l'industrie navale. L'écosystème recense aujourd'hui 42 entreprises et organisations spécialisées, concentrées principalement dans les pôles d'Agadir-Tan-Tan, de Casablanca-Kénitra-Larache et de Tanger-Nador. Il s'appuie également sur les investissements structurants réalisés dans les infrastructures portuaires, notamment autour de Tanger Med, Nador West Med, du futur chantier naval de Casablanca et du développement de Dakhla Atlantique, qui constituent autant de catalyseurs pour l'essor de la filière.
Il faut dire que la vision de la FIMME ne se limite pas à un état des lieux. Elle fixe une trajectoire ambitieuse visant à renforcer la compétitivité industrielle, développer les compétences nationales, accélérer l'innovation, améliorer l'intégration locale et inscrire davantage le Maroc dans les chaînes de valeur régionales et mondiales. Les professionnels affichent un objectif particulièrement ambitieux : porter le chiffre d'affaires de la branche de près de 2,4 milliards de dirhams aujourd'hui à 33 milliards de dirhams à l'horizon 2040, grâce à la montée en puissance de la construction navale, au rapatriement des activités de réparation actuellement réalisées à l'étranger, à l'augmentation du contenu local et à l'attraction de nouveaux investissements. Présentée devant Ryad Mezzour, ministre de l'Industrie et du commerce et Nizar Baraka, ministre de l'Équipement et de l'Eau, cette feuille de route marque ainsi le passage d'une logique de gestion sectorielle à une véritable stratégie industrielle de long terme, appelée à faire du Maroc un hub régional de référence dans la construction et la réparation navales.
Pour réagir à ce post merci de vous connecter ou s'inscrire si vous n'avez pas encore de compte.